Meurtre à l’hôtel Bellegarde

Nous sommes en 1925. Paul et Madeleine Boucicaut ont hérité d’un hôtel vétuste qu’ils ont du mal à entretenir. Pour attirer une nouvelle clientèle, Madeleine décide de proposer des cours de danse de salon. Un premier cours privé est organisé, réunissant Madeleine, Paul, Mathilde, leur fille, une vieille tante acariâtre, un représentant de commerce, une riche amie américaine et même un curé, sous la direction de Léon Tellier, un danseur professionnel aux manières pour le moins étranges…

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EXTRAIT

Scène 3. Madeleine, Mathilde et tante Zélie

Zélie de Saint-Hilaire entre en scène.
PAUL (en sortant).– Voici votre première cliente.
ZÉLIE (à Madeleine).– Que veut dire ton mari par « voici votre première cliente » ? Cela fait déjà deux mois que j’occupe une chambre ici.
MATHILDE.– Ce n’est rien, tante Zélie. Il est un peu perturbé. Maman a des projets pour l’hôtel, et papa n’est pas très enthousiaste.
ZÉLIE.– J’espère que, dans tes projets, entre la rénovation de ma chambre. Elle est loin d’être confortable. Depuis deux jours, le robinet « fuite ».
MADELEINE.– Il « fuite » ?
ZÉLIE.– Oui quand je l’ouvre, il fait « fuite ». Quand je le ferme, il fuite aussi. On plus exactement « fouiite ». Enfin c’est extrêmement désagréable. Heureusement que je ne suis pas une simple cliente, et que je ne me formalise pas trop.
MATHILDE (en riant).– Un robinet « fouiteur ». Tante Zélie, vous êtes impayable.
ZÉLIE.– Jeune fille, surveille un peu ton langage (la détaillant) et ta tenue aussi. Un pantalon pour une jeune fille, ce n’est guère convenable.
MATHILDE.– Comme dirait maman, nous ne sommes plus au siècle dernier, et toutes les jeunes filles modernes s’habillent comme ça aujourd’hui.
MADELEINE (en se moquant un peu).– Je vais demander à Paul de vérifier ce mystérieux robinet « fuiteur ».
ZÉLIE.– Ma fille, on ne rigole pas avec un robinet qui fuite. J’ai connu une personne qui a souffert d’insomnies à cause d’un robinet qui fermait mal dans son cabinet de toilette. Toutes les nuits, elle entendait « fouite », « fouite », sans savoir d’où cela provenait. Elle a consulté un médecin, pensant qu’elle avait affaire à un esprit.
MATHILDE (en riant).– Un esprit « fuiteur ».
MADELEINE (en riant aussi).– Et comment s’est terminée cette histoire mystérieuse ?
ZÉLIE.– Je l’ignore. Les problèmes des autres ne m’intéressent pas, mais je n’ai pas envie de devoir consulter un docteur.
MADELEINE.– Eh bien, nous ferons en sorte que cela n’arrive pas, quitte à solliciter les services d’un professionnel.
MATHILDE.– Parce que les robinets, papa…
MADELEINE.– Ton Père devra faire des efforts.
ZÉLIE (à Madeleine).– Mon enfant, loin de moi l’intention d’être désagréable, mais tu sais que j’ai toujours pensé que ton mari était un bon à rien.
MATHILDE.– Tante Zélie !
MADELEINE – Heureusement que vous ne voulez pas être désagréable ! (…)