Le discours

Jean-Baptiste a une semaine pour écrire le discours d’inauguration de la maison de la culture de sa commune pour le maire dont il est adjoint. C’est une mission qu’il n’a pas pu refuser. Les personnes de son entourage se mêlent de l’aider pour différents motifs, motifs qui se révèlent plus ou moins intéressés, et lui rendent la tâche encore plus compliquée.

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EXTRAIT

Acte 1, Scène 2 – Jean-Baptiste et Amélie

Jean-Baptiste se remet à écrire, Amélie entre. Elle porte un tapis de yoga, elle est en tenue pour pratiquer. Elle pose son tapis, le déroule…

AMÉLIE (à Jean-Baptiste).‒ Fais comme si je n’étais pas là… Mylène fait le ménage dans la chambre. Du coup, je me suis dit, si j’allais faire mon yoga dans le salon… Mais je ne veux pas te déranger. Je me fais… discrète. Elle commence ses mouvements et respirant assez fort. Jean-Baptiste se remet à écrire. Amélie inspire et expire de plus en plus fort.
JEAN-BAPTISTE.‒ Tu as besoin de respirer aussi fort.
AMÉLIE.‒ Je fais circuler les énergies…
JEAN-BAPTISTE.‒ Elles sont plutôt bruyantes tes énergies, et j’ai besoin de calme pour mon discours. Alors si tu pouvais respirer en silence.
AMÉLIE.‒ Oui, bien sûr, excuse-moi, chéri. (Elle continue ses mouvements et Jean-Baptiste écrit. Amélie respire de plus en plus fort.)
JEAN-BAPTISTE.‒ Amélie, s’il te plaît !
AMÉLIE.‒ Je suis désolée, mais la respiration est fondamentale dans la pratique du yoga, et je ne peux pas respirer sans bruit. Tu comprends la respiration agit sur les centres énergétiques, les chakras. Tu sais, les chakras… Je t’en ai déjà parlé.
JEAN-BAPTISTE.‒ Oui, oui les chakras, je sais.
AMÉLIE.‒ Et quand on stimule les chakras, on… (Elle attend qu’il trouve)
JEAN-BAPTISTE.‒ On… je ne sais pas moi. (Un peu énervé.) J’ai autre chose en tête figure-toi, que de stimuler des énergies. J’ai un discours à écrire.
AMÉLIE.‒ Et voilà, tu t’énerves encore, à cause de ce discours. (Elle fait une pause.) Tu sais, je crois qu’il faut que tu abordes le problème différemment.
JEAN-BAPTISTE.‒ Ah non ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi.
AMÉLIE.‒ Quoi, moi aussi ?
JEAN-BAPTISTE.‒ Changer d’angle, grimper sur le canapé, prendre de l’envol…
AMÉLIE (contourne le bureau et lui met la main sur le front).‒ Tu es sûr que tu vas bien ? Je crois que tu as besoin de déstresser un peu. (Elle lui masse le cou) Tu es trop tendu et tu n’as pas assez confiance en toi. (Elle le fait se lever.) Je crois vraiment qu’il temps que tu t’y mettes.
JEAN-BAPTISTE (un peu hésitant).‒ Que je me mette à quoi ?
AMÉLIE.‒ Eh bien, au yoga.
JEAN-BAPTISTE.‒ Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
AMÉLIE.‒ Au contraire, et je sais même quelle posture nous allons travailler. (Elle s’installe au milieu du salon et le place en face d’elle.) Tu fais comme moi. Tu écartes les jambes, tu étends les bras sur le côté, à hauteur d’épaule. Tu tournes le pied droit vers l’extérieur, et tu places le poids du corps sur la jambe droite, tout en la fléchissant. (Jean-Baptiste s’exécute tant bien que mal, perd l’équilibre, se redresse.) C’est virabhadrasana, la position du guerrier. C’est une posture puissante et forte. Maintenant, visualise le discours au bout de ta main.
JEAN-BAPTISTE.‒ Attends, je visualise quoi, où ?
AMÉLIE.‒ Ton discours, au bout de ton bras. L’asana du guerrier favorise la confiance en soi et la force intérieure. Tu sens l’énergie se libérer et couler dans tout ton corps.